Ce n'est pas grave, tu recommenceras !

Sur cette photo, j’étais enceinte de mon premier enfant.

Je me souviens encore de l’euphorie dans laquelle nous étions lorsque le test s’est révélé positif ! C’était un soir, nous revenions du travail et on en avait parlé toute la journée de ce test!

Pour la petite histoire, nous en avions déjà fait un le matin, mais il n’était pas probant. Un très très léger trait avait fini par montrer le bout de son nez donc la mission était d’acheter un fameux test digital et de recommencer le soir en rentrant du travail. Je suis allée dans la salle de bain en rentrant, puis je l’ai posé dans un coin du salon en attendant que les 2 minutes d’attente préconisés sur la notice passent…

Et là… Un magnifique “Enceinte 1-2 semaines” !!! Je me souviens de mon conjoint, c’était comme s’il venait de remporter la coupe du monde de football ! Nous l’avons immédiatement annoncé, nous voulions de suite partager cette nouvelle incroyable qui nous rendait si heureux. Les semaines ont passées, on se réjouissait car on approchait du rendez-vous pour faire la 1ère échographie officielle.

Et puis il y a eu ce jeudi, une semaine avant cette fameuse écho. Je ne sais pas pourquoi mais le matin en arrivant à mon travail, j’ai appelé mon médecin traitant pour prendre rendez-vous ; tout allait bien pourtant. Et puis en début d’après-midi, j’ai commencé à perdre du sang. J’ai rappelé mon médecin qui m’a conseillé d’aller immédiatement faire une échographie aux urgences. J’ai donc pris la direction de l’hôpital dans un état un peu second, comme choquée. Avec le recul, c’est comme si d’un coup je prenais conscience que le bon comme le pire pouvait arriver dans une grossesse.

Je suis arrivée aux urgences, mon conjoint m’y attendait. On nous a fait rentrer dans une salle pour patienter, ils étaient débordés. Une femme est arrivée plus tard. Je ne me souviens pas quel métier elle exçercait par contre je me souviens parfaitement de cette phrase “ Veuillez sortir Monsieur, je vous ferai revenir plus tard”. Aujourd'hui, je me demande encore comment il est possible de faire sortir le papa dans ce genre de situation, sa légitimité n’est-elle pas d’être là ? Pour lui, son bébé, sa femme ?

Elle m’a auscultée puis a fait une échographie. Elle m’a alors dit “ le coeur ne bat plus et cela doit faire déjà plusieurs jours voir semaines, vu la taille de l’embryon. Vous avez 3 choix : Soit vous attendez encore un peu de voir si votre organisme l’expulse, soit je vous prescris des médicaments, soit nous pratiquons un curetage”. Je me suis crue littéralement au restaurant où le serveur me propose les 3 plats du jour.

Elle m’a laissée un instant de réflexion et partit “enfin” chercher le papa. Vu le peu de tact qu’avait cette personne, je lui ai indiqué que je préférais moi-même lui annoncer. Plus tard, il m’expliquera que ça a été une mauvaise décision car il aurait aimé qu’un professionnel lui parle. Sur le moment ça a été un regret pour lui de ne pas avoir cette explication, les mots d’un médecin.

On m’a donc prescrit des médicaments, que j’ai pris le lendemain matin. Une échographie de contrôle a eu lieu 10 jours plus tard nous annonçant qu’il n’y avait plus rien ; cela marquait officiellement la fin de cette grossesse.

Je les ai entendues les “tu recommenceras”, “ce n’est pas grave vous êtes jeunes”, “c’est qu’il valait mieux qu’il ne naisse pas”. Mais pour nous, c’était la fin de cette grossesse, la fin de nos projets, la fin de ce bébé qui allait naitre en novembre et qui allait être là pour fêter Noël avec nous. Nous nous projetions déjà à 3 dans quelques mois et en une fraction de seconde c’était terminé. Ça a marqué la fin de notre insouciance.

Quelques mois plus tard, je suis retombée enceinte et cette fois-ci, la joie a été moins palpable lorsque le test a viré au positif. Nous n’avons pas voulu l’annoncer afin d’attendre la fin du “fameux” premier trimestre. Comme si ne rien dire, moins se réjouir allait nous protéger davantage de la tristesse, du choc d’une seconde fausse couche.

Ce que je n’avais pas prévu, car oui la vie est une succession d’imprévus et elle a tenu à me le rappeler, c’est que deux semaines après ce test positif, mon papa allait décider qu’il était temps pour lui de s’en aller. Je me suis donc vue lui annoncer cette grossesse quelques minutes avant que son coeur ne cesse de battre. Je me vois à nouveau près de son oreille lui murmurant tout ce qui me semblait important de lui dire, et lui annoncer que j’attendais à nouveau un enfant. Je ne sais pas s’il m’a entendu ce jour là, je ne sais pas si ça aurait changé quelque chose qu’il sache plus tôt que j’étais enceinte, oui parfois je me pose la question ; mais ce que je sais c’est que la perte d’un enfant quelque soit le terme, son âge, nécessite du temps, car c’est un deuil à faire. Les émotions que nous ressentons sont légitimes et doivent être entendues et prises en considération.

Prenez le temps qu’il vous ait nécessaire pour traverser cette épreuve et toutes les émotions qui vont surgir.

En tant qu’accompagnante à la naissante, nous sommes aussi formées pour vous accompagner dans ces moments difficiles mais qui font aussi partie, parfois de votre chemin de parent.

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Estelle Charrier